Traduire, Houellebecq

On nous dit que les traducteurs font circuler les œuvres.

Certes. Au mois de mars 2015, quittant ma retraite de l’Oberland zurichois avec vue imprenable sur le lac, celui-là même où auraient flotté les cendres de l’architecte Jean-Pierre Martin, pour me rendre au très parisien colloque Auteurs&Co, j’ai fait circuler, bien protégés dans mon sac, deux chefs-d’œuvre de la littérature française. C’est bien en ces termes que je les ai présentés aux auteurs (& co) réunis : « Deux chefs-d’œuvre de la littérature française, Du côté de chez Swann de Marcel Proust et Soumission de Michel Houellebecq. »

C’étaient les deux livres sur lesquels je travaillais à peu près parallèlement, dans ce beau collège de Looren.… > Lees verder

Approches de Proust (fragment)

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Conclusion : une traduction rapprochée

D’après Antoine Compagnon, la grande originalité de Proust est que son roman peut se lire à la fois comme un roman du XIXe siècle et comme le premier anti-roman, ou méta-roman, théorisant sur son propre déroulement. Dans cette perspective, la modernité de la Recherche ne tient pas tant aux thèmes qui y sont abordés, qu’à la conscience mobile qui s’y manifeste dans une pluralité de points de vue narratifs ambigus et relatifs. C’est cette conscience mobile qui assure la richesse du style, concept que Proust a joliment décrit en 1913 comme « la qualité d’une vision », et dans un célèbre passage du Temps retrouvé, comme « la révélation de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde ».… > Lees verder

Désir de traduction : Alain Fleischer

Imaginez un univers romanesque où se croisent les mondes aussi divers que ceux d’un Kafka, d’un Perec ou d’un marquis de Sade, le tout hanté par le fantôme d’une Europe centrale baroque et grotesque. Alain Fleischer en a ouvert la voie avec un recueil de nouvelles, La femme qui avait deux bouches, pour mieux l’exploiter et le développer ensuite dans une série de romans étonnants. Troisième venu dans cette suite, Les Ambitions désavouées n’en est pas le moins ambitieux. Nous nous retrouvons, avec son héros, Léo Tigerman, dans une forêt tropicale qui, avec son sentier traçant sa route à travers les cimes des arbres et son chemin de fer poussé dans les airs, est tout aussi fantastique que la femme aux deux bouches, sans toutefois jamais quitter le monde réel : l’utopie est une ironie, la fantaisie un miroir.… > Lees verder

Cripplewood / Kreupelhout, J.M.Coetzee

Cripplewood.omslagKreupelhout n’est pas du bois mort. Bois mort, deadwood: dans la mythologie du Far West américain, la ville des espoirs décus où tous les chemins finissent. Le kreupelhout, au contraire, est vivant. Comme tous les arbres, le kreupelhout aspire au soleil; mais quelque chose dans ses gènes, un mauvais héritage, un poison, tord son ossature.
En anglais comme en néerlandais, il y a un embrouillamini lexical autour des mots kreupelhout – kromhout / cripplewood – gnarlwood (gnarles, knurled, knarled: le même mot dans différentes variantes):
(1) kreupel – kruipen / creep – crouch – crutch (kruk)
(2) gnarl < gnarled, snarled (knotted) / knoers < knoestig
(3) snarl: (1) a snare (trap), (2) a tangle, knot (of hair) / knoop: knobbel, kwast (knoest), kluwen
Le kreupelhout qui ne peut se redresser, qui croît courbé, accroupi; dans les membres desquels nous découpons des béquilles (crutches) pour ceux qui ne savent que ramper (creep); arbre étêté (knotted), noueux (gnarled), galeux (snarled).… > Lees verder

Portrait: Martin de Haan, activiste de la traduction

Peu de traducteurs sont uniquement traducteurs, beaucoup sont aussi écrivains, blogueurs, critiques… Martin de Haan, président du CEATL et traducteur de Proust, Kundera, Echenoz et Houellebecq en néerlandais est tout cela à la fois, et bien plus encore. Un portrait par Camille Bloomfield.

Paradoxalement, une somme comme La Recherche du temps perdu, loin de faire peur, ne cesse de susciter de nouvelles versions en langue étrangère – chez les plus fous ou les plus passionnés des traducteurs, c’est selon. Nous avions rencontré pour IF Verso Guy Régis, qui s’emploie actuellement à proposer Du côté de chez Swann en créole haïtien.> Lees verder

Le monde est un pervers polymorphe, Olivier Rolin

« En fait, il a l’air d’avoir glissé sa tête dans le trou d’un décor représentant naïvement, dans une petite foire de province, une chasse au lion. » Ainsi Olivier Rolin décrit-il le chasseur de lions, un type pourvu d’une grosse moustache de morse et de larges favoris, qui en 1881 avait été représenté par Édouard Manet dans le tableau intitulé Monsieur Pertuiset, Le Chasseur de Lions. Les aventures d’Eugène Pertuiset occupent la place centrale dans De leeuwenjager en Manet, le dernier roman de Rolin, traduit par Katelijne De Vuyst. Il est évident que Rolin ne prend pas tout à fait au sérieux le modèle du peintre.… > Lees verder