Un déluge antédiluvien: traduire Roorda

‘La pluie remonte à la plus haute antiquité1.’ Note en bas de page : ‘1 Je prie le lecteur de bien vouloir excuser cette pluie qui « remonte » (N.d.A). (Henri Roorda, ‘Le parapluie’, in : Le Roseau pensotant, 1923)

Qui se targue de traduire Henri Roorda, quelle que soit sa langue-cible, doit se préparer à jouer sur les mots. Roorda, Lausannois d’ascendance néerlandaise (1870-1925), prof de mathématiques et pédagogue rebelle, auteur pessimiste et facétieux à la langue ‘délicieusement impromptue et primesautière’ (Edmond Gilliard), a écrit durant une petite décennie des chroniques dans des journaux comme La Gazette de Lausanne et La Tribune de Genève.

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Bruno Latour: hybridité stylistique et ‘metaxu’ traductive

Un sujet hybride

Face à Gaïa peut se résumer comme la confrontation de l’oeuvre de Latour, telle qu’elle s’est développée depuis la fin des années ’70, à deux concepts scientifiques nouveaux : ‘L’hypothèse de Gaïa’ et l’Anthropocène – ou, mieux, par l’assimilation dans cette oeuvre de ces deux concepts. Le travail de Latour a été surtout remarqué par ses recherches novatrices en sociologie des sciences; on lui associe les ‘Science Studies’ (appelées aussi parfois ‘Sciences, technologies et sociétés’, Science and Technology Studies) , et la ‘Sociologie de la traduction’ ou ‘Théorie de l’acteur-réseau (ANT) (dans laquelle le concept d’acteur s’étend aux non-humains et aux discours).

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Traduire Bruno Latour en langues germaniques: petit tour d’horizon de quelques particularités syntaxiques et sémantiques dans ‘Face à Gaïa’

[…] Ici, je voudrais insister sur une difficulté propre à la traduction du français en néerlandais qui dans les présentes conférences latouriennes nous place devant un défi continu, concernant notamment le traitement de la phrase, de la façon de dire et de penser d’une langue à l’autre, où se présente une différence essentielle entre d’une part les langues romanes mais aussi l’anglais, et d’autre part le néerlandais et l’allemand (pour faire court, et même si le phénomène est donc plus large que ça, je présenterai la question comme une opposition FR – NL).

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Approches de Proust (fragment)

[…]

Conclusion : une traduction rapprochée

D’après Antoine Compagnon, la grande originalité de Proust est que son roman peut se lire à la fois comme un roman du XIXe siècle et comme le premier anti-roman ou méta-roman théorisant sur son propre déroulement. Dans cette perspective, la modernité de la Recherche ne tient pas tant aux thèmes qui y sont abordés, qu’à la conscience mobile qui s’y manifeste dans une pluralité de points de vue narratifs ambigus et relatifs. C’est cette conscience mobile qui assure la richesse du style, concept que Proust a joliment décrit en 1913 comme « la qualité d’une vision », et dans un célèbre passage du Temps retrouvé, comme « la révélation de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde ».

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Cripplewood / Kreupelhout, J.M.Coetzee

Cripplewood.omslagKreupelhout n’est pas du bois mort. Bois mort, deadwood: dans la mythologie du Far West américain, la ville des espoirs décus où tous les chemins finissent. Le kreupelhout, au contraire, est vivant. Comme tous les arbres, le kreupelhout aspire au soleil; mais quelque chose dans ses gènes, un mauvais héritage, un poison, tord son ossature.
En anglais comme en néerlandais, il y a un embrouillamini lexical autour des mots kreupelhout – kromhout / cripplewood – gnarlwood (gnarles, knurled, knarled: le même mot dans différentes variantes):
(1) kreupel – kruipen / creep – crouch – crutch (kruk)
(2) gnarl < gnarled, snarled (knotted) / knoers < knoestig
(3) snarl: (1) a snare (trap), (2) a tangle, knot (of hair) / knoop: knobbel, kwast (knoest), kluwen
Le kreupelhout qui ne peut se redresser, qui croît courbé, accroupi; dans les membres desquels nous découpons des béquilles (crutches) pour ceux qui ne savent que ramper (creep); arbre étêté (knotted), noueux (gnarled), galeux (snarled).

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Le monde est un pervers polymorphe, Olivier Rolin

« En fait, il a l’air d’avoir glissé sa tête dans le trou d’un décor représentant naïvement, dans une petite foire de province, une chasse au lion. » Ainsi Olivier Rolin décrit-il le chasseur de lions, un type pourvu d’une grosse moustache de morse et de larges favoris, qui en 1881 avait été représenté par Édouard Manet dans le tableau intitulé Monsieur Pertuiset, Le Chasseur de Lions. Les aventures d’Eugène Pertuiset occupent la place centrale dans De leeuwenjager en Manet, le dernier roman de Rolin, traduit par Katelijne De Vuyst.

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